Elle a d’abord cru que c’était la marque de la ceinture. Elle était nue face au miroir, en train de regarder ce ventre rond dans lequel je prenais désormais toute la place. Elle a baissé la tête, pour essayer de mieux voir, mais rien à faire : sa vision n’atteignait plus le versant inférieur du ventre. Les seuls à avoir ce privilège étaient le gynécologue (souvent), la sage-femme (très souvent), l’esthéticienne (pas assez) et mon père (les jours de fête).
Elle s’est donc approchée du miroir, son ventre tendu vers l’avant, les mains en soutien. Oui, c’était bien ça. Le bandeau du pantalon avait imprimé quelques plis sur la peau, ce serait parti le lendemain.
Elle est allée se coucher en suivant le rituel quotidien bi-mensuel : s’enduire le ventre d’huile et masser doucement. J’aime bien ce rituel, j’ai l’impression de me faire masser aussi. Mon père, lui, apprécie beaucoup moins. Les premières fois, il comparait ma mère à une frite, mais il a arrêté quand il a réalisé que ça provoquait invariablement une envie de frites chez ma reum. Maintenant, il la compare à une plaque de beurre, bizarrement ça provoque moins d’envies. Quoique. Avec un peu de pain frais…

Le lendemain matin, elle s’est levée sans y penser. Jusqu’à ce qu’elle rencontre le miroir et réalise que les traces étaient encore là. L’espace d’un instant, elle a envisagé la possibilité qu’il s’agisse de traces laissées par les draps. Mais quand même, c’était étrange qu’elles soient exactement au même endroit que la veille au soir. Il lui fallait ouvrir les yeux, accepter l’inacceptable.
C’était bel et bien des connasses de vergetures. Trois connasses de vergetures, pour être tout à fait exact. Sans doute le papa, la maman et le bébé. Ou le papa, la maman et l’amant, que sais-je.





