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Elle ne s’appelle pas Bécassine

Huit mois qu’on grandissait ensemble, dans nos grottes respectives. Un petit mec, une petite fille, trois semaines d’écart. On a fait la joie de la famille, notre grand-mère en tête, si heureuse de dire à tous que ses deux filles étaient enceintes en même temps. Si émue de voir ces deux ventres s’arrondir, prendre la pose pour des photos souvenirs. Si fière de voir ses deux enfants partager cette expérience, se donner des conseils, comparer leurs maux, unir leurs projets.

Huit mois que nous aussi, on communiquait, de grotte à grotte. On râlait sur nos mères, on se racontait des blagues de fœtus, on comparait nos croissances, nos craintes de l’extérieur. On s’était dit qu’on essaierait de sortir le même jour, histoire de pousser la blague jusqu’au bout.
Mais c’est bien connu, les filles sont plus impatientes.

Ma cousine est née cette nuit. Évidemment, elle est magnifique. Évidemment, ma mère a pleuré. Évidemment, ma grand-mère est heureuse. Évidemment, ma tante est euphorique.
Évidemment, je n’ai qu’une hâte : la rejoindre.
J-11.

Ils sont prêts

Mes parents sont réputés pour être toujours en retard. Mon père dit que c’est à cause de ma mère. Ma mère dit que c’est de la faute de mon père. L’un est l’excuse de l’autre, mais peu importe, les faits sont là : ils ne sont jamais à l’heure. Un jour je te raconterai comment mon père est arrivé en retard à la mairie pour leur mariage. Mais ce n’était pas grave, puisque ma reum l’était encore plus. Heureusement qu’il y avait beaucoup d’alcool, les invités ont vite oublié.

Malgré ce trait de caractère commun, depuis aujourd’hui, pour la première fois de leur vie, ils sont prêts. En avance.

Ma chambre est terminée, la peinture sur les murs est sèche, tous les meubles sont montés, le matelas à langer à été posé sur la table, les lettres formant mon nom sont collées sur la porte. C’était mal barré, avec cette foutue tapisserie que mon père a mis près de deux mois à décoller (la tapisserie vinyle, c’est le mal), mais le résultat est plutôt pas mal, je te montrerai quelques photos bientôt. Y a juste quelques modifications à apporter, mais si je m’entraîne, je pense réussir à pisser suffisamment haut pour faire comprendre à ma reum que les fleurs au bout de la tringle à rideaux, ça va pas être possible.

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La grossesse, ça te change une femme

Il y a encore quelques semaines, j’avais souvent le mal de mer tellement ma grotte remuait. Je soupçonnais fortement ma mère de faire des rondades ou des triples loots piqués à longueur de journée et j’avais hâte qu’elle devienne trop lourde et encombrée pour ralentir la cadence. Avec l’aide de mon ami Nutella, ça n’a pas traîné.

Aujourd’hui, à un peu plus de deux semaines de la fin de mon bail, je sens bien que l’énergie n’est plus la même. Et que la liste des choses réalisables avant la grossesse ou à son début a grandement diminué.
Plus exactement, la liste des choses qui ne sont plus réalisables en fin de grossesse s’est considérablement allongée. Désormais, ma mère est incapable de :

  • Se couper/vernir les ongles des pieds
  • Monter un demi-étage sans suffoquer comme un lion de mer asthmatique
  • S’envoyer un Maxi best of Big Mac + un cheese + un petit wrap + un Mac Flurry avec double dose de Daim sans le regretter aussitôt à cause de ces connasses de remontées acides
  • Porter des strings sans descendre un tube de Préparation H

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