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Elle ne s’appelle pas Bécassine

Huit mois qu’on grandissait ensemble, dans nos grottes respectives. Un petit mec, une petite fille, trois semaines d’écart. On a fait la joie de la famille, notre grand-mère en tête, si heureuse de dire à tous que ses deux filles étaient enceintes en même temps. Si émue de voir ces deux ventres s’arrondir, prendre la pose pour des photos souvenirs. Si fière de voir ses deux enfants partager cette expérience, se donner des conseils, comparer leurs maux, unir leurs projets.

Huit mois que nous aussi, on communiquait, de grotte à grotte. On râlait sur nos mères, on se racontait des blagues de fœtus, on comparait nos croissances, nos craintes de l’extérieur. On s’était dit qu’on essaierait de sortir le même jour, histoire de pousser la blague jusqu’au bout.
Mais c’est bien connu, les filles sont plus impatientes.

Ma cousine est née cette nuit. Évidemment, elle est magnifique. Évidemment, ma mère a pleuré. Évidemment, ma grand-mère est heureuse. Évidemment, ma tante est euphorique.
Évidemment, je n’ai qu’une hâte : la rejoindre.
J-11.

La grossesse, ça te change une femme

Il y a encore quelques semaines, j’avais souvent le mal de mer tellement ma grotte remuait. Je soupçonnais fortement ma mère de faire des rondades ou des triples loots piqués à longueur de journée et j’avais hâte qu’elle devienne trop lourde et encombrée pour ralentir la cadence. Avec l’aide de mon ami Nutella, ça n’a pas traîné.

Aujourd’hui, à un peu plus de deux semaines de la fin de mon bail, je sens bien que l’énergie n’est plus la même. Et que la liste des choses réalisables avant la grossesse ou à son début a grandement diminué.
Plus exactement, la liste des choses qui ne sont plus réalisables en fin de grossesse s’est considérablement allongée. Désormais, ma mère est incapable de :

  • Se couper/vernir les ongles des pieds
  • Monter un demi-étage sans suffoquer comme un lion de mer asthmatique
  • S’envoyer un Maxi best of Big Mac + un cheese + un petit wrap + un Mac Flurry avec double dose de Daim sans le regretter aussitôt à cause de ces connasses de remontées acides
  • Porter des strings sans descendre un tube de Préparation H

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Je suis un artiste incompris

Elle a d’abord cru que c’était la marque de la ceinture. Elle était nue face au miroir, en train de regarder ce ventre rond dans lequel je prenais désormais toute la place. Elle a baissé la tête, pour essayer de mieux voir, mais rien à faire : sa vision n’atteignait plus le versant inférieur du ventre. Les seuls à avoir ce privilège étaient le gynécologue (souvent), la sage-femme (très souvent), l’esthéticienne (pas assez) et mon père (les jours de fête).

Elle s’est donc approchée du miroir, son ventre tendu vers l’avant, les mains en soutien. Oui, c’était bien ça. Le bandeau du pantalon avait imprimé quelques plis sur la peau, ce serait parti le lendemain.
Elle est allée se coucher en suivant le rituel quotidien bi-mensuel : s’enduire le ventre d’huile et masser doucement. J’aime bien ce rituel, j’ai l’impression de me faire masser aussi. Mon père, lui, apprécie beaucoup moins. Les premières fois, il comparait ma mère à une frite, mais il a arrêté quand il a réalisé que ça provoquait invariablement une envie de frites chez ma reum. Maintenant, il la compare à une plaque de beurre, bizarrement ça provoque moins d’envies. Quoique. Avec un peu de pain frais…

Le lendemain matin, elle s’est levée sans y penser. Jusqu’à ce qu’elle rencontre le miroir et réalise que les traces étaient encore là. L’espace d’un instant, elle a envisagé la possibilité qu’il s’agisse de traces laissées par les draps. Mais quand même, c’était étrange qu’elles soient exactement au même endroit que la veille au soir. Il lui fallait ouvrir les yeux, accepter l’inacceptable.
C’était bel et bien des connasses de vergetures. Trois connasses de vergetures, pour être tout à fait exact. Sans doute le papa, la maman et le bébé. Ou le papa, la maman et l’amant, que sais-je.

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